DOUBLE CD
Si la sortie d’un nouveau maxi d’Underground Resistance est toujours remarquée, l’arrivée de ce double album regroupant les classiques du mythique collectif de Detroit est un événement rare. Certains de ces titres, introuvables en vinyle, sortent pour la première fois en CD.
S’il ne faut emporter que trois disques de musiques électroniques sur une île déserte, celui-là en fait peut-être partie.Après la Sainte-Trinité de la techno de Detroit apparue dans la 2è moitié des années 80 (Juan Atkins, Derrick May et Kevin Saunderson) a émergé au début des années 90 un autre trio mythique, hautement militant : UNDERGROUND RESISTANCE (alias UR). Tout a commencé dans des ‘basements’ de la Motor City et sa banlieue. Au lieu de traîner dans les rues, une bande de kids se réunit dans la cave pour faire de la musique et bidouiller des machines. Momma n’y comprend pas grand chose, mais elle est rassurée de les savoir occupés, à l’abri de la violence urbaine d’une des villes les plus dangereuses des USA.Les trois membres originels de UR étaient Jeff Mills, Robert Hood et ‘Mad’ Mike Banks. Ils ont porté le son de Detroit vers une nouvelle dimension ‘interstellaire’ en accentuant son minimalisme et sa puissance, tout en préservant son cachet futuriste et son attrait immédiat. UR a surtout dès le début pris des positions politiques et sociales fortes et militantes, dans la lutte égalitaire de la communauté Noire, et plus généralement des minorités face aux corporations et aux multinationales. Positions tranchées, messages clairs et directs qu’on retrouve jusque sur les slogans des pochettes - MESSAGE TO THE MAJORS - et dans l’imagerie paramilitaire offensive inspirée de Public Enemy - ELIMINATION , THE PUNISHER, MISSING IN ACTION - Underground Resistance a toujours préservé son modus operandi farouchement indépendant ; ainsi qu’un haut niveau d’attaque sonique. L’émergence de la scène techno et rave Européenne au début des années 90 a procuré à UR un terrain de jeux idéal : une vaste scène hors de Detroit où leur musique pouvait être jouée, comprise et appréciée. Prodigieux DJ, Jeff Mills décida de se focaliser sur sa carrière solo et son propre label Axis, bientôt suivi par Robert Hood, qui fonde alors M-Plant. Dès 1992, l’esprit et l’action originelle d’Underground Resistance se fondront dans une nébuleuse gravitant autour d’un homme, le bientôt légendaire Mad Mike. Peu visibles (les rares photos de gang les montrent cagoulés), UR gagnent le respect de tous par la qualité consistante de leurs productions. Mais UR fait également preuve d’un sens de l’organisation et de la communauté. Inspiré par l’esprit d’une entreprise 100% afro-américaine comme la Motown, le collectif fonde Submerge, prestigieux distributeur qui diffusera dans le monde entier la crème du son techno de Detroit, et sera un catalyseur artistique et social au sein de la communauté Noire et défavorisée de la ville, qui a subi de plein fouet les émeutes et les crises économiques de l’ère post-industrielle depuis les années 60. On doit ainsi à Submerge et UR la découverte et la mise en avant des artistes et labels les plus myhtiques de la techno de Detroit, tels Drexciya, James Pennington (aka Suburban Knight), DJ Rolando/Aztec Mystic, Scan7, Red Planet, Aux88/430West... Musicalement, Mad Mike a injecté dans la techno une dimension politique et un commentaire social peu vu dans la musique populaire Noire depuis les débuts du hip-hop. Ses influences sont variées, de l’afro-futurisme de George Clinton au pionnier de la techno de Detroit Juan Atkins, en passant par les innovateurs européens (Gary Numan, Kraftwerk) ou japonais (Yellow Magic Orchestra), mais Mad Mike a avant tout une solide culture soul, jazz et garage, comme ses premières productions dès la fin des 80’s au sein du collectif Members Of The House en témoignent. C’est avec la radicalisation de son message que sa musique deviendra plus dure et totalement électronique, inspirée notamment par les productions electro de Juan Atkins avec son groupe Cybotron, ainsi que par les influences électroniques (EBM et acid notamment) sans compromis de son collègue Jeff Mills. ‘Galaxy 2 Galaxy’ est à l’origine un double-maxi vinyle sorti par Mad Mike en 1993.
Ce disque est une pierre angulaire du son de Detroit, ainsi que l’une des productions les plus mythiques de la techno des années 90, invoquant les figures mythiques de Bruce Lee et Geronimo. Puis le nom est réutilisé à partir de 2005 pour nommer un collectif d’artistes issus d’UR lorqu’ils jouent en live une sélection de productions UR des 15 dernières années (une formation variable au sein de laquelle on retrouve régulièrement les suivants : Christa Robinson, Cornelius Harris, Daiske, Darren McKinney, Gerald Mitchell, Lenny Price, Mike Banks, Malcolm Holley, Raphael Merriweathers Jr., William Pope), comme le public français a pu l’apprécier lors de la tournée de l’automne 2005, lors de laquelle certains des titres les plus mythiques de UR et Galaxy 2 Galaxy ont été joués pour la première fois en live sur le sol français. Et aujourd’hui sort le bien nommé ‘A HiTech Jazz Compilation’, double-CD qui rappelle opportunément l’universalité de la techno-soul et de la techno-jazz produites à Detroit ces 15 dernières années. Tous les grands classiques de UR sont ici présents, des sublimes ‘Sometimes I Feel Like’ et ‘The Theory’ extraits du maxi ‘Nation 2 Nation’ (UR-05) en 1991, aux hymnes dancefloor ‘Amazon’ et ‘Jupiter Jazz’ issus du fameux ‘World 2 World’ (UR-020/1992), en passant par ‘High-Tech Jazz’ (1993), jusqu’aux plus récents mais non moins importants ‘Return Of The Dragons’ (2004), ‘Timeline’ (2001, sur le maxi ‘Millenium 2 Millenium’) ; ou ‘Transition’ et ‘Inspiration’ (2002).
Toutes les racines d’un techno-dancefloor spirituel et militant dont les plus grands DJs (et en premier lieu Laurent Garnier) se sont faits spontanément les ambassadeurs à travers le monde. Garnier qui avait en personne invité UR, et les présentait au public, l’émotion dans la voix, comme ses plus grandes influences, lors des 15 ans du Rex Club à Paris en 2003.
+ d'infos sur
www.submerge.com