Dans le monde de la musique, il y a ceux qui suivent les modes, les courants, passant opportunément à autre chose une fois un filon épuisé. Et puis il y a ceux qui restent fidèles à leurs aspirations, où les périodes de remises en question sont suivies par des instants, souvent plus éphémères et inattendus, de consécration publique et critique.
Fidélité et intégrité font partie des qualificatifs seyant le mieux à Michel Amato aka The Hacker, souvent surnommé « l’homme de l’ombre » sur la scène techno française. Une fidélité qu’il porte également à la ville de Grenoble où il a toujours vécu et où il a fait ses premières armes dès la fin des années 80 dans un petit groupe de rock/new-wave monté avec des potes de lycée. Joy Division, New Order, Depeche Mode, Duran Duran, The Cure, Cabaret Voltaire, DAF, Throbbing Gristle ou encore Einstürzende Neubauten sont alors ses références absolues.
Lorsqu’il découvre les premiers grands succès de la house music, tel S-Express, M/A/R/R/S ou Inner City, il quitte la formation où il assurait les claviers, persuadé que cette musique allait tout changer. Il commence à bidouiller quelques tracks avec un matériel rudimentaire, prend une claque sur LFO et la techno belge.
Mais c’est au retour d’un séjour en Hollande en 1992 qu’il décide de se lancer plus sérieusement dans l’univers des raves naissantes. Avec un ami, Benoît Bollini, il monte un live résolument hardcore nommé XMF, leur jeunesse les poussant alors à explorer les possibilités les plus extrêmes du son techno. Le duo écume les soirées pendant trois ans et sort deux maxis auto-produits, seuls témoignages de cette époque insouciante et spontanée.
Parallèlement, Michel produit pour son seul plaisir des morceaux techno, même s’il avoue être passé alors à coté de la scène de Detroit.
Celle-ci le rattrape bientôt, lorsqu’il voit mixer le très énergique Jeff Mills. Nouvelle claque. Il stoppe rapidement le hardcore et prend le nom de « The Hacker » en hommage à un morceau du maître de Detroit. Il s’intéresse alors à Underground Resistance, Aux 88 et à tout le son électro US. Il sort son premier maxi solo en 1996 sur le label grenoblois Interface, avec une techno racée et sombre. La même année, une amie DJ de longue date, Miss Kittin, lui propose de réaliser ensemble un morceau, dans une veine électro ludique et chantée, pour une compilation du label Tekmics. « Gratin Dauphinois », leur composition, est vite repérée par l’allemand DJ Hell qui, enthousiaste, leur propose de signer sur son jeune label « International Deejays Gigolos ». Miss Kittin et The Hacker produisent alors plusieurs nouveaux morceaux, dont les futurs hits « Frank Sinatra » et « 1982 » que l’on retrouvera sur le « Champagne E.P. » onzième référence du label Gigolo qui sort en 1998. Le morceau cartonne à la Love Parade de Berlin et le disque rencontre un grand succès dans toute l’Europe, sauf en France qui vit alors dans l’euphorie de la French Touch.
Cela ne décourage pas The Hacker de monter, avec son ami Oxia, son propre label, nommé Goodlife en référence à l’un des premiers grands tubes de Kevin Saunderson. Il en signe le maxi inaugural dont les ventes décollent après que Laurent Garnier l’ait joué lors du final de la première Techno Parade parisienne. L’année 2000 voit la sortie de son premier album « Mélodies en sous sol » qui fait se croiser habilement électro et techno, dans un registre mélancolique et introspectif. The Hacker, sorti de ce qu’il nomme sa « période Jeff Mills » a définitivement trouvé « son » son, influencé tout à la fois par Detroit, Kraftwerk, le son rave allemand de PCP, et les synthés de l’ère new-wave. Il ne met pas pour autant de côté son projet avec Miss Kittin, et lors de l’édition 2000 d’Astropolis leur live fait sensation. Elle, déguisée en infirmière et chantant dans un anglais à l’accent très frenchie, lui, se faisant plus discret derrière ses machines. La formule, en forme de clin d’œil kitch et grinçant aux années 80, prend enfin au sein du public français !
En 2001 ils sortent ensemble le « First Album » et déclenche la folie électro-clash. Le disque se vend à plus de 50 000 exemplaires et même Elton John et Karl Lagerfeld avouent être fan. La hype les guette dangereusement et le duo préfère se séparer, provisoirement. The Hacker poursuit son chemin, toujours dans l’ombre, signant des maxis sur de nombreux labels français et internationaux : UMF, Dancefloor Killer, Sativae, Missile, Rotation, Turbo, Error 404…
Il publie un nouvel album en 2004 « Rêves Mécaniques » où il affirme son amour pour les sons analogiques et que beaucoup considèrent comme celui de la maturité. Sa complice Miss Kittin est même conviée sur un morceau. Il continue depuis à produire régulièrement de la musique et à se confronter au public au travers de DJ sets, dans de grands rassemblements comme dans des clubs plus intimistes. Avec la même humilité et la même intégrité qui l’animent depuis toutes ces années.
Producteur accompli, The Hacker est également un DJ émérite. A.N.D. N.O.W ne constitue toutefois que son second CD mixé, après « The Next Step of New-Wave » sorti en 2000 et qui se voulait très électro. Ici le grenoblois nous offre un panel musical plus éclectique.
Beaucoup de nouveautés électro-techno, signées par Miss Yeti, Ellen Allien, Perspects, Kiko ou Mount Sims, une petite incursion minimale avec les allemands de Sleep Archive, mais aussi quelques petites perles oldschool. De l’avant-gardisme électro avec Liaisons Dangereuses (1981), de l’EBM avec les belges de Front 242, les prémices de la techno de Detroit avec le mythique « Techno Music » de Model 500 qui donna son nom au genre, ou encore un petit clin d’œil aux raves des 90’s avec GTO.
Un mix effectué aux platines et enregistré brut, sans l’aide d’un ordinateur, afin d’affirmer haut et fort la performance artistique que constitue le Djing. Le reflet parfait des sets actuels de The Hacker. Et maintenant… il ne pouvait pas mieux porter son nom.
